Julia Fontesse
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Le lundi.
Pour que la rencontre entre Solange et Patrick progresse dans ma tête, je me tiens immobile. Grâce à des lois neurophysiologiques qui m’échappent, je le sais quand il faut que je bouge. Je le sais et je bouge. Je quitte ma chambre, je circule en plein air. Je vais manger, je vais m’acheter de nouveaux vêtements, je vais imiter les touristes, toutes les raisons sont bonnes. Je ne crains rien pour ma santé mentale.
Je dois dire que Solange aussi aime marcher. De l’atelier de Patrick, elle rentre chez elle à pied en tenant la boîte blanche sur son cœur. Elle avance, toujours légère et dupe, mais ne fait quand même pas abstraction du monde qui l’entoure.
Automobiles, piétons, vitrines… Rachel ? Est-ce bien Rachel, là, chez Zeus, assise à l’une des tables qui empiètent sur le trottoir ? Sa grande sœur en compagnie d’un homme ? L’aînée qui perd rarement son temps ?
Solange s’arrête et se tient immobile sur le trottoir pour penser à sa dernière querelle avec Rachel. Des mots ont formé un objet volumineux et l’ont frappée en plein ventre. Une moitié d’elle-même a volé en éclat et l’autre a gagné en épaisseur. Rachel l’a enjointe d’ouvrir les yeux et de se prendre en main. Elle est le chouchou des bien-pensants, Rachel. Une « as » du planning qui voit dans l’humain une ressource. Elle a sommé Solange de moins dormir et de moins se servir dans le compte bancaire que leurs parents, qui travaillent de l’autre côté de la planète, renflouent sans cesse. Pour désamorcer la bombe, Solange a formulé cette question dans un murmure : — Nos parents se plaignent-ils ?
Rien ne l’y oblige, donc, mais Solange salue Rachel plutôt que de poursuivre son chemin. Cette dernière s’exclame : — Hé ! C’est ma petite sœur ! Est-ce un gâteau ? l’interroge-t-elle comme une hyperactive en désignant la boîte blanche. —C’est une petite reproduction d’un des personnages de La Présence, réplique Solange. —D’un des enfants qui s’attaquent à l’immeuble ?! s’étonne Rachel en frappant sur un mur imaginaire. Où l’as-tu trouvée ?
Solange a pour mimique un mélange de lassitude et d’espièglerie. Mais c’est du temps qu’elle se donne, du temps afin de mettre au point une histoire racontable et raisonnablement flexible. Elle doit forger le meilleur mensonge, car elle ne tient pas à ce que sa sœur sache pour la visite de l’atelier. — Je l’ai achetée au centre culturel, dit-elle. Le sculpteur lui-même me l’a vendue.
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Pour parler de Nicolas :
un jeune Américain,
sensible, gay et francophile.