Julia Fontesse
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Pour sortir Solange de ce mauvais pas, je conçois un moment où, face au miroir, Solange se voie grandir, grandir jusqu’à ce qu’elle devienne géante. Puis j’emprunte au ton et aux mots que je tiens des colères de ma mère, et avec ce ton-là et ces mots-là, Solange s’interroge sur ses sentiments qui sont des sentiments amoureux. — Dis-moi donc un peu, qu’est-ce que c’est qu’ça pour une histoire ?
Elle ne se répond pas, évidemment. Plutôt, elle s’attribue un rictus desséché, totalement dépourvu de douceur, et elle entend : « Ça ne peut pas durer ». Elle pleure brièvement. Puis, elle rassemble ses forces. Elle compose le numéro de téléphone de Patrick et ses forces y sont toutes employées. — Bonjour ! C’est Solange, fait-elle au bout du fil.
Sans plus d’excitation grâce à ses pratiques, elle ajoute : — J’espère que je ne vous dérange pas. — Je suis très occupé, dit-il. La nouvelle œuvre est revenue de la fonderie et… — Je m’en vais au Cargo et je voulais vous le dire, au cas ...
Solange reste baba au bout du fil quand Patrick la remercie d’avoir appelé, baba surtout quand il lui dit que ça lui fera plaisir de la voir au Cargo plus tard, en fin d’après-midi. Aussi de son côté bafouille-t-il quelques mots au sujet d’un machin dégoulinant et des traces indélébiles que cela peut laisser sur le plancher, puis il raccroche.
Heureuse, Solange fait un tour de 180 degrés sur la pointe d’un seul pied, mais ses forces, du moins celles qui lui restent, se retournent contre elle tout de suite après. Elles lui coupent les jambes. Elles cernent, elles serrent son estomac. Elles lui infligent un trac impossible à digérer.
Le miroir, encore, vient à son secours. En silence, surtout dans sa tête le silence, Solange se regarde droit dans les yeux, puis lentement s’approche le plus près possible de son reflet. Le côté droit de son visage lui apparaît, tel une porcelaine, épuré à l’excès, tandis que le côté gauche s’allonge, se ride, puis se désagrège. Cette vision l’effrayait les premières fois. À présent, elle sait qu’il lui suffit de reculer d’un ou deux pas pour que son visage regagne son apparente symétrie. Elle sait aussi qu’au retour le phénomène se produit de nouveau, ce qui la fait parfois sourire. Elle devine — et moi aussi — qu’il y a là quelque chose de significatif, voire d’encourageant.
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Pour parler de Nicolas :
un jeune Américain,
sensible, gay et francophile.